Histoires parallèles 

Histoire du domaine
Histoire du jardin

1565 : Première mention écrite du domaine de Brantes qui ne comportait alors qu’une grange (on dirait un mas aujourd’hui), des étables et des terres de culture ou d’élevage.

1602 : Le capitaine Pompée de Sylvan, gentilhomme romain en garnison à Avignon, achète le domaine, manifestant ainsi son désir de s’implanter dans l’État pontifical.

Ulivieri del Bianco [Olivier de Blanc], fils d’une famille florentine déjà connue au 12ème siècle, baptisé à Bivigliano en1582, s’installe à Avignon pour succéder à son oncle Bartolomeo, pagadour ou payeur des troupes pontificales. Il choisit de s’intégrer dans la société avignonnaise en épousant en 1611 l’une de ses dignes représentantes, Susanne de Calvet, fille d’un docteur en droit. Et, en 1619, la veuve et la fille de Pompée de Sylvan lui vendent leur domaine à Sorgues.

Première mention de jardins et de prés devant la grange, dans l’acte de vente du 5 avril 1619 en faveur d’Olivier de Blanc.

Alexandre de Blanc, fils d’Olivier, baptisé à Avignon en l’église Saint-Agricol en 1621 et payeur des troupes, mène une politique immobilière active: il agrandit le domaine jusqu’à 40 ha et construit en 1686 un hôtel particulier au coeur de la cité pontificale, rue de la Petite Fusterie (aujourd’hui siège des services culturels de la ville d’Avignon).

Son fils ainé, Pierre de Blanc, baptisé en 1653 à Saint-Agricol et aussi payeur des troupes, poursuit naturellement l’ascension sociale de la famille et achète le marquisat de Brantes, dans le Mont Ventoux, en 1696. Il construit le corps central et l’aile est du château de Brantes à Sorgues. Il crée l’actuelle chapelle de Brantes dans l’église Saint-Agricol.

Avec le mariage de Joseph-Ignace de Blanc, marquis de Brantes, neuvième enfant de Pierre et dernier pagadour de la famille, avec Angélique de Caulaincourt, les de Blanc de Brantes entrent dans le cercle des grandes familles parisiennes.

Joseph-Ignace se distingue par une piété exceptionnelle, qui s’exerce jusque dans le ghetto juif d’Avignon.

Marc-Louis de Blanc, fils de Joseph-Ignace, est un personnage original et aventureux. Il se marie en 1778 contre l’avis de sa mère, avant de divorcer en 1792. Il met une bonne partie de son énergie et de sa fortune dans des expériences aérostatiques. En contact permanent avec Joseph de Montgolfier, il confectionne des ballons et procède à la première démonstration publique dans le ciel de Provence au début de l’année 1784 depuis son domaine de Brantes. Avec le rattachement de l’enclave pontificale du Comtat Venaissin à la République française en 1791, il perd tout rôle à Avignon et en son marquisat, ce qui le détermine à quitter la Provence. Il met son château de Sorgues et son hôtel d’Avignon en location, et s’engage dans l’armée de la République sous le nom de Bianco-Brantes.

Premier cyprès horizontal connu en Vaucluse planté en 1780 par Marc-Louis de Blanc, marquis de Brantes.

En 1793, le château de Brantes est loué à M. Jacob Berthout van Berchem, un protestant originaire de Hollande mais résidant en Suisse, dont l’une des filles est l’épouse du célèbre colonel Polier. Celui-ci a vécu trente ans en Inde, où il a fait fortune, et a été le premier à introduire en Europe des copies en sanscrit des Vedas et des Upanishads. M. van Berchem marie au château de Brantes sa seconde fille au Suisse Jean-Charles Tremblay, le futur fondateur du ‘Courrier de Genève’. Le colonel Polier achète la château de Roberty au Pontet, village voisin de Sorgues, où il tient table ouverte avec largesse et égalitarisme. Mais il y est sauvagement assassiné en 1795. Les deux familles rentrent alors précipitamment en Suisse.

Extrait du bail de 1793 entre le ‘citoyen Mar-Louis Bianco-Brantes’ et le ‘citoyen Jacob Berthout van Berchem’:

« …une maison de campagne et les jardins fruitier, potager et anglais entourés de murs et les bois de haute futaie ».

Sibylle de Brantes, l’unique enfant de Marc-Louis de Brantes, est baptisée en 1780 à l’église Saint-Agricol d’Avignon. Après une longue résidence en Allemagne (1787-1807), celle-ci rentre en France pour devenir l’épouse en 1809 du général Jean-Gérard Lacuée, ministre d’état de Napoléon 1er. Devenu en 1810 ministre de l’Administration de la guerre et comte de Cessac, celui-ci rachète la même année le domaine de Brantes à son beau-père.  Quand il est mis à la retraite (1815), il réalise d’importants travaux au château de Brantes pour y installer sa famille. A partir de 1819, la vie provinciale commence à lui peser, et il passe une partie de l’année à Paris où il achète un hôtel particulier au 118 rue du Bac, voisin de celui de Chateaubriand. Alexis de Tocqueville est élu à la place laissée vacante du comte de Cessac à l’Académie Française et prononce un discours à sa mémoire le 21 avril 1842.

Extrait de l’inventaire lié à l’achat en 1810 du domaine de Brantes par le comte de Cessac :

« Le jardin anglais est planté de plusieurs arbres tant de pays qu’exotiques. Il s’y trouve un petit mausolée, un kiosque, un petit ermitage dit du père Aubry… Ce jardin a encore un théâtre de verdure. »

Sibylle est encore en vie quand ses trois enfants vendent l’ensemble du domaine de Brantes en 1842. Il est à nouveau vendu en 1891 et en 1930.  

Un jeune couple M. et Mme Michel, arrivés depuis peu à Sorgues, tombent amoureux de ce château délabré et de son parc abandonné, et achètent le domaine en 1936. Ils relèvent les bâtiments de la ferme et commencent quelques travaux au château.

Celui-ci est occupé pendant la seconde guerre mondiale par l’Organisation Todt du génie allemand, puis par les troupes alliées du général Anders.

 

Dans le cadre des travaux de réaménagement du parc et du jardin, le paysagiste danois Mogens Tvede, élève de Frank Lloyd Wright, est invité à dessiner un jardin contemporain qui s’intègre à l’existant. En 1959, les bassins sont creusés et l’eau de la Sorgue voisine qui s’écoulait dans le parc est détournée vers le château pour les alimenter. Le jardin s’articule ainsi autour d’un axe central de trois bassins miroirs, à l’ombre d’un magnolia grandiflora bicentenaire. En 1962, l’architecte Bernard de La Tour d’Auvergne est sollicité pour créer un cloître et sa chapelle. En 1984, un an avant son décès, Louis de Brantes commande une pyramide monolithe à l’architecte Philippe Guibout pour être posée à l’extrémité de l’allée de buis dans le parc, créant ainsi une nouvelle perspective.

Cherchant à revendre le domaine, les Michel sont mis en contact avec Louis de Brantes, arrière-arrière-petit-fils de Sibylle de Brantes, qui le rachète en 1955. Avec son épouse canadienne Madelaine, celui-ci restaure alors l’ensemble avec soin et crée le jardin contemporain.

Aujourd’hui, leur fils Charles-Hubert et son épouse Marine d’Aboville, avec leurs enfants Victoire, Roch-Élie (baptisé à Saint-Agricol en 2000, le premier depuis Sibylle en 1780) et Amance, ont pris la relève.

Le jardin est aujourd’hui ouvert à la visite et participe depuis 2003 à la manifestation nationale des « Rendez-vous aux jardins », sous l’impulsion des « Amis du Jardin de Brantes », avec un programme artistique renouvelé chaque année.

Marine de Brantes accueille chaque printemps, en coordination avec son association « Soyons curieux » et la ville de Sorgues, de nombreux enfants de « quartiers sans jardins ».

Patrimoine protégé

1987 — le château est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques

1988 — le domaine est classé en une ZPPAUP (Zone de Patrimoine Urbain et du Paysage)

2005 — le jardin de Brantes reçoit le label « Jardin remarquable » du ministère de la Culture

2016 -   le jardin de Brantes, son cloître et son potager sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques

SOPHIE BENTIN -

CHARLES HUBERT DE BRANTES:

Le jardin de Brantes à Sorges 

histoire et renaissance d'un château comtadin

Pour le lecteur comme pour le visiteur, c'est ici le « génie d'un lieu » qui se révèle.

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Photos © Michel Vialle, F.M. Varga et alii